Introduction
Ce bouleversement soulève des questions cruciales pour les entreprises, les investisseurs... mais aussi pour les particuliers. Comment protéger son patrimoine dans un environnement de plus en plus instable ? Faut-il adapter sa stratégie d'investissement ? Éléments de réponse.
Comprendre le contexte : une surtaxe brutale et déséquilibrée
Le 1er août, à la veille de la fête nationale suisse, les États-Unis ont officialisé une mesure tarifaire inattendue : 39 % de droits de douane sur les produits suisses, soit un niveau bien plus élevé que ceux imposés à l'Union européenne (15 %) ou au Japon.
Ce durcissement douanier s'inscrit dans une politique plus large de l'administration Trump visant à rapatrier la valeur ajoutée sur le sol américain. Les exportations suisses vers les États-Unis, qui représentaient plus de 64 milliards de francs suisses en 2024, sont donc directement mises sous pression.
Source : SECO - Répartition des exportations suisses vers les États-Unis par secteur
Parmi les secteurs les plus touchés :
- Horlogerie : près de 7,6 milliards de dollars exportés en 2024 – soit un cinquième du marché total.
- Pharmaceutique et chimie : plus de 50 % des exportations suisses vers les USA.
- Machines-outils et technologies industrielles : produits à forte marge devenus non compétitifs.
- Agroalimentaire : gruyère, chocolat, biscuits suisses voient leurs prix grimper brutalement.
Même si les secteurs pharma et chimie bénéficient d'un sursis jusqu'à fin septembre, ils restent menacés par d'éventuelles hausses futures allant jusqu'à 250 %, selon Washington.
Conséquences économiques : marges sous pression, croissance en recul
L'impact de ces nouvelles barrières douanières est déjà perceptible. Selon les économistes de Lombard Odier, les entreprises suisses pourraient voir leurs marges fortement amputées si la taxe de 39 % est maintenue. Dans certains cas, les produits deviennent tout simplement non rentables sur le marché américain, forçant les PME à réévaluer leur présence.
Le PIB suisse pour 2025 a été revu à la baisse, passant de 1,1 % à 0,9 %, en raison du choc tarifaire. La Banque Nationale Suisse pourrait même envisager un retour aux taux négatifs, si le ralentissement s'aggrave.
Certaines grandes entreprises ont commencé à réorganiser leurs chaînes de valeur, en délocalisant des étapes de production vers l'Union européenne pour contourner les taxes américaines. Mais pour les PME, majoritaires dans les secteurs impactés, cette option est souvent irréaliste, faute de moyens financiers ou logistiques.
À retenir : Une taxe de 39 % rend de nombreux produits suisses inaccessibles pour le consommateur américain. Le marché américain, vital pour la Suisse, devient incertain et risqué.
Frontaliers : des emplois en danger dans les zones transfrontalières
En parallèle, ce choc commercial menace aussi une autre population souvent oubliée dans les débats économiques : les travailleurs frontaliers.
Fin 2024, on dénombrait plus de 380 000 frontaliers en Suisse. Parmi eux, près de 90 000 travaillent dans les secteurs les plus exposés aux surtaxes américaines : horlogerie, machines de précision, agroalimentaire, chimie.
Ces travailleurs, majoritairement basés en France, sont essentiels au fonctionnement de nombreuses industries. Pourtant, en cas de baisse des volumes ou de fermetures d'usines, ils seront parmi les premiers impactés.
Les associations de frontaliers alertent déjà sur une hausse à venir du chômage partiel dans certaines zones frontalières.
Pour les cantons concernés (Genève, Neuchâtel, Jura, Bâle), c'est la stabilité socio-économique qui est en jeu.
À retenir : Les frontaliers représentent une force de travail indispensable pour les secteurs exportateurs suisses. Leur précarité pourrait augmenter rapidement en l'absence de mesures de soutien.
Recommandations patrimoniales : comment réagir face à l'incertitude ?
Dans ce contexte instable, il est essentiel de repenser sa stratégie patrimoniale, que l'on soit investisseur, entrepreneur, salarié ou frontalier.
1. Diversifier géographiquement ses placements
Réduire l'exposition aux marchés trop dépendants des États-Unis et renforcer les investissements dans des zones plus stables ou émergentes.
2. Privilégier les secteurs défensifs
Les secteurs comme la santé, les services publics ou l'immobilier suisse restent solides face aux tensions commerciales.
3. Adapter son profil de risque
En période d'incertitude, il peut être judicieux de réévaluer son profil d'investisseur et d'opter pour des produits à capital protégé, ou à volatilité maîtrisée.
4. Protéger les revenus futurs
Pour les frontaliers, indépendants et dirigeants d'entreprise, il est temps de renforcer la prévoyance individuelle, l'assurance de revenus et la retraite.
Un accompagnement personnalisé est ici clé : un conseiller Patrimoine Alliance peut vous aider à identifier les failles de votre stratégie actuelle et à construire un plan de protection sur mesure.
Conclusion
Les droits de douane américains ne sont pas une simple mesure technique. Ils remettent en question la compétitivité des entreprises suisses, menacent des milliers d'emplois, fragilisent les travailleurs frontaliers et redessinent la carte du commerce mondial.
Mais toute crise est aussi une opportunité : l'occasion de repenser son rapport au risque, de diversifier intelligemment, et d'anticiper les mutations économiques à venir.